François Grizet naquit le 15 janvier 1962, à La Rochelle, dans cette ville de vent et de sel où les existences prennent parfois la trempe des marins.
Très tôt, l'enfant révéla une inclination naturelle pour les mécaniques secrètes du monde, comme si chaque rouage d'horloge ou d'automobile lui parlait un langage intime. De cette passion première naquit une vocation : il devint ingénieur, puis maître dans l'art d'enseigner les sciences, jusqu'à recevoir les Palmes académiques, signe éclatant d'une vie consacrée au savoir.
Sa carrière commença sous les ciels chauds de Ngaoundéré, au Cameroun, où l'on apprend plus sur l'humanité en un an qu'en une décennie entre des murs familiers. De là, il poursuivit son œuvre à Orléans, avant que le destin ne le conduise vers la terre qui allait marquer son existence : Saint-Louis du Sénégal.
Là, au lycée André Peytavin, son nom s'inscrivit durablement dans la mémoire d'une jeunesse qu'il éveilla à la rigueur de la mécanique autant qu'à la noblesse des idées.
Plus tard, la France le rappela à Tarbes, à l'École Nationale d'Ingénieur, où il termina sa carrière officielle avec la dignité tranquille de ceux qui ont rempli leur tâche sans jamais trahir leur vocation. Mais la retraite, ce mot qui peut sonner comme un adieu, ne fut pour lui qu'un retour: retour à Saint-Louis, retour à lui-même, retour à la lumière d'une ville devenue patrie intérieure.
Car, en parallèle de l'enseignement, une autre respiration l'animait : le dessin. Il y trouvait un refuge et un prolongement de sa pensée. Il illustrait des cours, croquait des récits de voyage, imaginait des affiches, peignait des scènes qui semblaient retenir un fragment du temps. C'est à lui que l'on doit le fameux tee-shirt de l'équipe de rugby de Saint-Louis, devenu presque un étendard local, arboré avec la fierté d'un blason.
Aux premiers jours de sa retraite, il se tourna vers l'aquarelle, comme un homme qui, ayant longtemps parlé en prose, découvre soudain la musique du vers.
Cette technique nouvelle apporta une nuance inédite à sa passion, une douceur voilée qui semblait adoucir même les lignes les plus techniques.
Déjà, en 1992, il avait offert à Saint-Louis deux œuvres devenues familières à ses habitants: le plan minutieux de la ville et la fresque de la Résidence, qui dressaient un portrait sensible des lieux, comme si les murs eux-mêmes avaient accepté de se laisser raconter.
Son talent se déploya aussi sur les scènes: décors de théâtre, fonds picturaux, projets touristiques, autant d'entreprises où l'on retrouve son empreinte - cette empreinte d'homme qui, sans bruit, transforme chaque espace où il passe.
Ainsi s'écrit la vie de François Grizet : une existence où la mécanique rencontre l'art, où l'enseignement se mêle à la poésie du trait, où chaque ville traversée porte encore la marque discrète mais durable d'un créateur dont l'œuvre respire autant que l'homme.
Gilles Le Ouzon
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